Saison 4, Adage

Après la pluie vient le beau temps. Il semble surtout que le soleil nous rappele et intime de chasser la poussière qui indifférait l’hiver/que l’hiver laissait croître.
Ce monde est poussiéreux, pensait-il Se mettre au vert ?

Et l’Amour est dans le pré. Ainsi l’hirsute balourd remontant sa braguette en caressant la croupe de Joséphine, Un trou d’air suit le philtre et sa cigarette débande, comme un nez cassé un pétard mouillé. Joséphine retourne vaquer à ses occupations tandis que Gérard (le nom a été modifié) perd le philtre. Ou plutôt le tabac dans son pyjama de gomme arabique touche la terre et il lui faudra quelques inspirations pour réaliser que sa clope est entre ses chaussures.

Elle ne lâchait pas l’affaire facilement, Joséphine. Alors elle en rajoute. Cette association de saveurs riz tomate lui rappelait la Martinique. Alors lui aussi : Ouais bof c’est juste du riz auchan et les tomates dederrière. Son jardin n’avait rien à voir avec ce pays étrange et lointain. Elle rit et du bout des doigts tapote ses doigts calleux. Ohohoh Toialors! Qu’est-ce que tu me fais rire ! Cela ferait une belle promotion de ta ferme tiens : « riz bof » et « tomate de derrière ». Et comme il la voit rire de bon cœur : Joséphine au port altier, Joséphine entrepreneuse, Joséphine à la ferme, Joséphine au poulailler, Joséphine qui patauge associe toujours un joli foulard à ses bottes.
Et la voici, qui, déjà, dans cette si parfaite vieillotte cuisine qui sentait la terre, se met à parler l’archaïque et à faire des offres de services. Elle jouait très bien l’affablela fable en toutes circonstances et, lui le pataud un peu bête. Cette grotesque idylle entre un homme bourru et une femme sophistiquée paraissait toute naturelle aux téléspectateurs qui regardaient émus leur histoire. Il lui a déjà raconté comment sa famille venait d’un village pauvre en Alsace, et, elle ses, sans doute brillantes, études en Business et management. Pourquoi est-elle venue ici ? Un nouveau départ. Paris. Les transports. Les grèves. Les pigeons. Les Parisiens. Ras-le-bol quoi. Lui opine du chef, laissant croire qu’il comprend ce qu’elle entend à toutes ces phrases sans verbe qui semblent décrire une zone du monde qu’il ne parvient pas à cartographier. Oui Paris il voit très bien. Montmartre, la foire du trône…ces endroits où ses parents l’ont emmené une fois quand il était petit, à l’époque où les agriculteurs pouvaient prendre un week-end de vacances par an.

C’est à ce moment où la conversation s’essouffle, où les mots entre ces deux interlocuteurs ne font plus que les confronter à leur différence, que débarque Madame K, la redoutable entremetteuse. Salut les tourtereaux ! Alors content Gérard depuis la dernière fois qu’on s’est vu ? La dernière fois, Madame K lui avait fait rencontrer toutes ces femmes, les unes après les autres. Elle avait décortiqué avec lui tous les “profils”. Ah celle là elle est mignonne hein ! C’est vrai que dans son catalogue Joséphine avait quelque chose en plus, mais Madame K en mère maquerelle bucolique donnait cette teinte vulgaire à tout ce qu’elle décrivait. Et puis avec ses lunettes d’ancienne cadre tu as pas dû en voir beaucoup des comme ça par ici. Enfin, à sa manière, elle avait compris que Gégé avait jeté son dévolu sur Joséphine. Madame K avait transmis l’information à l’intéressée. Tu sais Gérard, derrière son air un peu bourru et ses bottes Aigle en caoutchouc, il a un grand cœur. Quelques éllipses télévisuelles plus tard et les voilà grotesquement enlacés, marchant sur une route de campagne bien cadrée par les objectifs.

Hors champ les revoilà embarrassés, que faire de leurs deux corps maintenant que les équipes de tournage ne sont plus là pour leur indiquer la chorégraphie. Au fond si elle a participé à ce programme n’est-ce pas pour repeupler ce coin de campagne. Lui l’a choisi sur catalogue, un peu comme il en va de ses vaches qui ruminent paisiblement. N’écoutant que son courage, il la prend par la main, l’emmène dans les champs. Ses paluches sont rugueuses, sa moustache jaunie par le tabac, cela devrait la répugner mais il y a quelque chose d’excitant dans cet exotisme. Les cadres bien foutus, imberbes et impeccablement lisses dans leurs costumes elle n’en pouvait plus. Là, dans l’herbe, elle s’allonge, se donne à son regard. Lui ne comprend pas tout de suite. Les parades amoureuses dont il est familier ne s’apparentent pas à celle-là. Mais la position de Joséphine lui semble finalement assez explicite. Il rouvre sa braguette, elle baisse son pantalon boueux. Des philtres tombent de ses poches. Elle l’attire vers lui en enroulant ses bras autour de son cou telle une créature aquatique l’emmenant vers des profondeurs troubles. Lui plonge dans cette onde avec une délectation inédite, l’écrasant légèrement; leurs corps s’enfoncent dans l’herbe grasse et molle de cette terre fertile depuis des siècles. La brise agite les brindilles vertes en extension à cette période de l’année. Leur peau, réveillée par la fraicheur, est parcourue de milliers de pores en érection.

On est en avril on ferait mieux de se rhabiller.

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