Boom Festival, avenue Hoffman

Texte, autrefois publié sur Atmosphère.ovh qui a pris un nouveau départ (à l’adresse .blue) et a, à cette occasion fait plage nette. Aussi nous le publions ici pour restaurer l’hyperlien de notre texte Héliotrope. Mais si vous êtes ici vous avez sans doute cliqué sur ce lien et vous le saviez déjà ;p.

Il faut attendre quelques jours que le défilé de mode ethnique s’estompe pour qu’enfin je comprenne « Horreur ! ils sont tous venus à DisneyLand ». Lieu de vie dédié à l’hédonisme, l’emballage seul diffère… À la place d’un hôtel Mickey un camping bouddhiste et quelques véganes pour s’éclater dans les attractions pensées pour eux, dépenser du fric aux échoppes de bijoux durables, stands veggie et se dire qu’ils ont vécu une expérience unique, se réjouir, trop heureux d’avoir pris congé du monde, avant d’y retourner car

Ici rien ne reste. Ni tente ni psytranse ni douches ni toilettes sèches, seules les fourmis qui ne soient transitoires et nos excréments pour fertiliser ce territoire. Cette nuit je erre comme un somnambule à travers des spectres informes je me perds. un long moment devant une troupe de jongleurs de feu, avant de me lamenter « 35 000 perchés à ce festival et j’hésite encore à m’asseoir pour écrire » comme une bête traquée par trop de flux, de passants qui agitent leurs lampes torches comme s’il s’agissait de battes désœuvrées.

Enfin je trouve un coin entre deux espaces-temps musicaux éclairés par un petit néon. J’extrais mes feuilles trop pliées de ma poche pour griffonner au dos de ma sandale droite. Moins pratique pour écrire, la gauche est légèrement bosselée (ne me demandez pas pourquoi).

Le documentaire devant lequel Macaque et moi avions échoué le premier soir aurait dû me mettre la puce à l’oreille : « I wanted something… with a meaning. A strong real social and fundamental experience. Something human » un à un les hippies interrogés vantaient la spiritualité de l’endroit pendant que la caméra capture en panoramique l’unique and soulfull design of this product.

J’erre toujours je (re)cherche mes jongleurs de feu. Ils devraient être près de la berge, je m’approche d’une lumière lointaine vers le lac il y a de l’herbe et c’est trempé. Ce n’était pas humide tout à l’heure, je crains que cette lumière ne soit pas le spectacle mais celui du reflet de la lune… Il y a un autre homme qui marche sur ma gauche, ce doit être la bonne route. Lorsque je suis bien sûr qu’il s’agit de la lueur d’une flamme, il s’arrête et déboutonne sa braguette, visant l’endroit où j’allais poser les pieds (il sursaute un peu en me voyant, sans doute lévitais-je légèrement car il n’entendait pas le bruit de mes pas).
Mon point de chute n’est autre que le feu sacré entretenu sur la presqu’île où des shamans jouent du djembé devant un groupe de ce qui ressemble à des touristes. Je fais semblant de m’intéresser quelques minutes puis retourne à mon néon tranquille où

Ma feuille et l’lointain Dj en concurrence avec le grillon qui m’apprivoise et me discipline. Ce maître m’apprend à écouter, me taire, me faire monde pour coucher le papier de vérité. Je le toise sans le voir encore moins le faire taire, comme un système-son oublié on repeat sur la plage.
Je reprends mes notes frénétiques :

Bien allongé tête renversée sur une surface plane on peut voir la lune sous son matelas vaporeux qu’elle illumine et la cime d’un arbre, ou d’une pierre, tel le chapeau d’un champignon vu de très près par en dessous.

Je me demande qui pisse devant moi en entendant la fontaine

Le teufeur qui ferme les yeux ne voit pas ses paupières

Tous ces gens qui circulent m’empêchent de me concentrer, alors que j’avais enfin réussi à m’extraire de l’hypnose des tourneperches. Ils m’ennuient tous à s’amuser si fort je ne m’entends plus jouir en pleine expérience mystique.Ils parlent. Semblant ignorés que « Paroles et jokes ne sont que des accessoires, des fétiches pour les hommes qui en parent la réalité, empêchent de la prendre au sérieux, des bijoux, foulards, perles et coiffures… Telle la lumière obstrue l’œil avisé tentant de voir dans le noir, la parole est souvent un leurre  », loupaut-parleur pour muetaveugle.
Je sais désormais qu’un saint homme n’a que son esprit pour ultime monastère.

J’avais froid, je vais rentrer.
Sur le chemin j’entendais une femme s’étouffer dans ses pleurs, un chien glapir tandis qu’on lui flattait le col pour l’encourager le rassurer, une autre femme s’exclamer « À tantôt ! », amicalement, au rythme des pieds enfoncés dans le sable Je crois que je commence à avoir faim, ou froid, je ne sais plus trop. C’est à ce moment que je réalise que cet endroit est devenu le seul horizon sur lequel je projette la silhouette de mon avenir. Je ne m’imagine nulle part ailleurs qu’ici. Si cela s’arrête, je ne comprends pas où je pourrais aller, être, ni ce qui pourrait bien m’arriver. Je demeurerais pour l’éternité

…des jours plus tard, tout morne tout affalé et choué dans un train en train de dépérir me demandant bien pourquoi il me fallait encore aller travailler.Quand j’entendis un père de famille monté à Marnes-La-Vallée-Chessy demander à son fils « Alors, t’es content du séjour ? Ça t’a plu ? »

OuiOui. Oui oui

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