Saison 5, Improvisation

14:06 La Semaine s’arrête demain Le salon baigné de rire semblait chaleureux alors même qu’à part le parquet l’ensemble noircissait , le plâtre s’effrite à la première caresse.
Ils avaient délaissé les sièges pour s’agenouiller sur quelque jeu car dans l’improvisation de cette nuit ils avaient laissé la table basse en marge de leurs excitations. 14:09 Whaaaat ?

Au bout du feutre, à la suite (d’en face) le menton levé, on lit, d’une écriture souple élégante Idris suce pas cher ! la langue poursuit « Car tout ce qui m’est cher
Pénètre la chair !
 » Idris et Pol éclatent de rire, et, au-dessus des tâches graisseuses de leurs sonnets échangent quelques regards plissés par l’éthanol. Après chaque gorgée de shooter l’un d’eux s’enthousiasme.14:10 (titre de recueil de sms d’écrivains)
Attends il nous faut quoi maintenant ? Un tercet et deux quatrains ?
T’es vraiment con ! c’est l’inverse puisque les sonnets se composent en pointe !
Je le sais bien ! Figure-toi, je commence par la fin si ça me chante !

Rire. au point de basculer en arrière avant de se pencher de nouveau agenouillés au-dessus des cartons sur lesquels ils s’écrivaient des insultes scabreuses tournées en poèmes. Tu te souviens de ce qu’il écrivait le gars qui voulait pécho la Coréenne ? Elle devait être Japonaise ! Ah je sais :

Quand la Japonaise se fait Corail
Il faut que t’y ailles !
Noyer le poisson dans la faille.

14:10 En fait : tu proposais de boire un verre cette semaine. Aussi, fais-je observer que la semaine s’arrête demain

Il marquait des signes d’hésitations
Il manquait de signes, d’inspiration. Penché sur son ticket de carte bleue oscillant entre son ticket et l’Asiatique au verre de vin blanc qui lui laissait penser qu’elle devait être une cible facile.
Cela avait-il vraiment les 3000 interprétations différentes de vérités éternelles ? Qu’il était difficile d’être poète ! Se lamentait-il intérieurement, ignorant que trois génies goguenards accoudés au bar prononçaient ses paroles. Après tout ne pouvait-il adapter la forme ?
Chercher l’inspiration au plafond. Il campait très bien Le Poète à la bière. Piètre caricature du personnage assez bonne imitation des voyous mondains.
Mais peut-être était-elle chinoise ? La beauté avait-elle une nationalité ? Cela la vexerait-elle d’être immédiatement renvoyée à sa supposée origine ? Était-ce seulement quelque chose à faire ?
Après tout il fallait de l’audace, lui vient même à l’esprit le droit d’importuner et twitter. Pensées qu’il chiffonne comme il froisse de la paume son visage, à travers reprend ses esprits courbaturés à force de s’acharner sur un bout de papier car il ne sait pas quoi en faire.
son trouble devient tant gigotatoire et comique que les trois buveurs à côté sont pris de ricanement
à l’observer. Mais il est trop absorbé pour s’en préoccuper, (la poésie fait cela aux esprits supérieurs en toutes circonstances) par cette boucle: Était-ce une technique d’approche valable ? Ou carrément déplacée ? De toute façon, en la matière tout n’était-il pas joué au premier regard ?
Il suffisait de ne pas avoir l’air trop obsédé ou timide ; laisser l’adrénaline de la chasse faire place à l’aveu d’un jeu sur son visage pour séduire.
Ainsi il n’y aurait pas d’ambiguïté et s’il le fallait se serait vite fait.

Ordre du monde :
Le panda se nourrit de bambou
Un verre sustente l’homme de goût

« Et le vers, la femme de goût ! se seraient-ils exclamés, eussent-ils l’occasion de lire, le billet que le jeune homme était allé porter à la jeune Asiatique

C’était : Un bar, ma foi, fort sympatoche, étant donné que les serveurs sont souriants et les prix abordables, ambiance boisée et cosie. Chose rare : leur mojito est excellent, ce qui pour moi qui suis Réunionais, est très important. J’y suis allé deux fois et à chaque fois les autres clients étaient d’un abord facile et agréables.
dans un Bar cher et snob, dans un quartier qui ne manque pas d’endroit sympas où boire une bière entre amis. Typique de la gentrification des quartiers populaires. À éviter.
qu’ils s’étaient retrouvés, Pol, Idris et Wilfried, chancelants quelque peu à leur arrivée, boitant carrément au moment du départ. Debouts contre le contoir, ils s’adonnaient à leur activité favorite, commentaient ironiquement l’actualité et le monde tel qu’il n’allait. C’est au détour d’une pause dans leur conversation qu’ils remarquèrent leur voisin en train de griffoner. Ils comprirent vite de quoi il retournait : nouvelle incongruité à commenter. 14:12 Non, elle s’arrête après-demain.
Au début, encore alertes, Wilfried et Pol s’embrassaient par moment, mais pas assez pour marginaliser Idris Car ils étaient plus qu’une somme d’individus, presque trois frères, écrirait en sourdine une voix mystique. 14:12 Je ne suis pas sûr de compter dimanche comme un jour
14:13 Demain nous sommes vendredi.
14:13 Samedi
14:13 Pardon;

Pol à l’intention de ses deux camarades « Oui, car en France, on aime que les autres poésie nous ressemblent ». Wilfried rit doucement, il commençait à piétiner, se cacher qu’il flanche sous la pesanteur devenue bête humide/mouvante Ils souriaient beaucoup et de leur visage, la joie passait aux corps détendus, témoignant de chacun des mouvements de l’humeur qui les animait. Mais à présent, en marge de l’effervescence qui contaminait tout le bar, Pol et Idris commentaient leurs souvenirs parcellaires de Ricœur .cependant Wilfried se noyait dans quelque songe. À force de pratiquer ça ne ressemble plus à rien :
Bâtardise de l’atmosphère fait des siennes quand je fais mienne cette petite.Peut être le momentSans doute le temps était propice à la drague en manif mais l’atmosphère (bâtardise!) fait des siennes, Je préfère me suspendre à mes persiennes
Ou m’installer négligemment à la BU pour regarder du coin de l’œil la petite Chinoise mélancolique.
Wilfried prend du recul penchait la tête au-dessus du tiquet de caisse griffoné. Peut-être que, pris sous un autre angle… de cet amas informe surgira quelque chose. Et en effet, lorsqu’il retourna le ticket et composa l’addition, une proposition émerge “…Allons boire à la maison, avant de nous mettre nous aussi à écrire des âneries.” 14:14 Ah! 14:17 Oui ? 14:18 Non rien je signalais par ce « ah! » que j’avais raison

Elle médite un court instant puis éclate d’un rire cristallin (c’est-à-dire “en faïence”) laissant poindre quelques dents d’ivoires « C’est la pire chose que j’ai jamais lu ».
— Mon haïku n’est pas bon ?
— Il faut respecter certains schémas rythmiques. Par ailleurs il n’y a aucune allusion à la nature dans ses manifestations les plus quotidiennes. C’est une poésie du temps au sens de durée, et météorologique. Surtout, de ce que les changements de saison évoquent aux hommes, provoquent chez eux.

Quand vient le printemps,
Le ciel, si changeant,
Ménage l’éclosion de son calme sourire

— Mais alors le sens est figé ?
— Et alors, t’as quelque chose à dire de toute façon ?
Non loin, un buveur installé au bar hyperbolise à l’intention de son camarade et de ces inconnus, la tournure de son regard par un long mouvement de la tête (enjambement des verres pour) Voir ce dont il était question. Le moment de citer un proverbe :
“Ce qui provoque tant d’émoi chez ces buveurs (d’ordinaire) impassibles doit être un jeu rigolo.”

Les péripéties d’une nuit
S’ajoute(nt) au plaisir du printemps
L’envie de jouir

Tu mets trop de verbes !
C’est obligé de rimer ? demande un homme au bar
Elle répond,Je ne sais pas trop, mais comme on est en France on a qu’à dire que oui.
La rumeur se propageait d’un bout à l’autre du petit établissement: on demandait l’addition pour avoir du papier et le serveur arrachait les pages d’un cahier qu’il distribue allègrement à la clientèle. Il semble que ce soir tout le monde souhaitait griffonner des obscénités.

L’averse ne traverse
Le bonheur du sage
Lorsqu’il observe de tes hanches la nage.

Si les sages se contorsionnent tant pour faire rimer, il doit être bon au yoga.
Que t’ai-je dit sur les rythmes à respecter ?!
Eh bien : ça marche !

La barbe du monde avant de roussir
Se colore au soleil de ta peau
et La douce nuit, à tes cheveux

Le doux printemps
Est temps mondain,
Le rossignol entretient la fauvette.

La nature en fête
La baguette tente
De ravir le poulpe

==> (début de soirée au) bar qu’on renomma Aux HaïCoups

Cela faisait maintenant presque une heure qu’ils n’étaient plus que deux « à la maison » lorsqu’Idris demande Ne devrait-on pas avoir recours aux Alexandrins ? C’est le vers noble après tout 14:19 Continuez… mhmmm…
14:20 Ba on peut on peut éventuellement boire une café aujourd’hui ou demain éventuellement avec mon aggregatif qui souffre
Tu trouves qu’on a l’air noble ? 14:20 Mais en fait non car je me bats contre des envies de vomir ma soirée d’hier
Le port altier, à cette heure défectueux Je me suis toujours demandé si les diérèses et les synérèses n’étaient pas la preuve d’une indulgence de classe commise d’office au poète, qui peut tricher un peu, dès lors qu’il a fait montre (ou pire encore, qu’il est riche, donc de fait, lettré) qu’il était capable de composer un alexandrin juste. En effet, on autorise toujours son ami dont on est assuré par notre amitié qu’il sait faire de bon vers à nous imposer des contraintes rythmique dont il s’est légèrement affranchi au moment de l’écriture alors qu’un autre qui s’offrirait pareil liberté est immédiatement soupçonné de tricherie. Dès lors une certaine incompétence ?
Ces paroles flottèrent le temps d’un silence et
Tu crois qu’il dort ?
Je crois, oui
Idris méditait donc ces quelques vers Après un silence une respiration dans leur jeu échangèrent un sourire plus significatif que les précédents 14:21 Cesse de lutter tu seras plus léger Et Idris pose pattes après pattes entre les contours graisseux barbouillés d’obscénités et plus encore dans la scène qui va suivre [ode chantée sur un fond de liquidité précédé par le bref zozottement d’une braguette]

Boire encore et toujours nulle
Ivresse, (tu es) ma muse
Ne saurait me satisfaire tant elle est marquée
d’éphémère mais déclarons la fête
permanente. Laisse-moi m’abreuver
auprès de toi de cette force qui
le jour se dérobe à ma gorge
Éprise d’étreintes trop brûlantes pour être tolérées
Ton amour se fait l’écrin de mon esprit, alors que chaque soupir est enchaîné à l’idée de ta poitrine, (si je tends la main c’est pour saisir la courbure de tes hanches)
lorsque l’hibernation de nos corps s’évaporent sous un chaleureux lendemain, je te vois Nocturne hurler doucement… Je marmonnais dans mon sommeil et attirerais les moustiques si je n’avais tendu quelque maille trop fine pour étouffer tout ce qui me rappelle le monde du dessous : rappelons-nous, à l’éveil du printemps ce n’est pas le soleil qui s’approche mais nous, à la recherche d’oxygène, qui planons. Douce torpeur légèrement salée sous tes aisselles, le long de tes cuisses dégoulinantes. Ta musculature huilée de soleil sera la statue à laquelle j’offre mes lèvres et j’embrasse tes genoux,
Agenouillé je me prosterne devant telle perfection, moi l’esclave, je dédie à ta puissance un peu de ma langue pour honorer ta substance.

14:22 J’arrive pas à vomir C’était il n’y pas si longtemps : à la clémente fraîcheur de la nuit ils marchaient si vite, et parlaient si fort… Tandis qu’ils approchaient Pol s’était arrêté brusquement non sans la théâtralité d’un désir raboté par l’alcool, replis et remous atténués pour avoir l’aplomb d’un arrêt net pourtant pressé.
Devant ces deux paravents lumineux transparents à l’opacité publicitaire : Quelqu’un veut de la pizza ?
comme s’ils se tenaient devant le palais de jade.
14:22 Donc tu avales, logique et bon à savoir 14:23 Non j’avale pas j’aime pas ça Les éclats de rire humides ne s’arrêtèrent plus (jusqu’au lendemain). Ils tergiversèrent violemment devant le four
Même si, par moment, Idris
se tait pour savourer
(comme un enfant sa tétine)
l’épaisseur de l’alcool mêlée à son organisme.

Mondaine poésie mondiale
Car le printemps est joie globale
Pour l’animal

ès Pontif poiei’this

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Commentaires :

  1. S1mio-mustyk says:

    Et de ce bar naquit une avant-garde littéraire à la pointe d’une réinterprétation des formes classiques, dont elle méconnaissait les normes et les règles. Ainsi semblait-elle, selon les perspicaces critiques, « Déjouer et détourner avec impertinence les schémas classiques de la poésie mondiale »

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