Ode sur le colonialisme

Une infinité de morts possibles et j’en suis encore à compter mes prises de nicotine. Car il semble que nous n’étions pas prêts encore pour cette vie, tant la recevoir nous effraie à l’idée du moment de la rendre. Car il semble que nous n’étions pas prêts de la mériter :
nous égorgeons encore bœufs et porcs par millions, implorons la miséricorde (de l’agneau salvateur) que nous n’accordons pas aux chiens errants, qui, pour beaucoup d’entre nous, comptent moins que nos téléphones [j’y prends de précieuses notes]
pour nous nourrir : pas une pensée qui ne soit fourbe ou égocentrique. Il n’y a qu’à voir comme nous nous consommons les uns les autres.
400 morts par an sur leur lieu de travail, et nous ne sommes pas encore assez souples, étendus, détendus pour être efficaces. Nous achetons un paquet de clope et nous rachetons ivres en prononçant de grands discours sur les émissions de CO2, nous rions même avant de prendre la voiture « ce n’est pas comme si les flics amenderaient nos consciences ! »
Car quand bien même nous nous efforçons de faire mieux, nous sommes toujours bien loin de laver les offenses dont nous nous rendons/sommes d’office complices.

Plus d’un par jour tué à la tâche et
Nous ne cessons de parler de liberté quand nous sommes de plus en plus nombreux à qui les banques refusent un compte. Car tu as besoin d’un compte pour avoir un logement, et d’un logement pour avoir un compte, d’un travail pour ouvrir un compte ; en banque pour percevoir un salaire.
Tant de papiers que tu auras besoin d’une maison
Et encore, tu n’es pas un de ces vagabonds refoulés avant même de pouvoir pleurnicher. Écoutés quelques minutes, maigre consolation. Au point que tu n’oses même plus demander de quel droit,
on t’emprisonne
on te prive « Car il semble que nous n’étions pas prêts de la mériter »

Bienvenue chez les pauvres où on ne se demande plus ce qu’on fait dans la vie, ou les rencontres seraient ponctuées d’un regard de mépris, dégoûts ? Devant ta non-subsistance Que croyais-tu ? L’endroit où tu vis même dit que tu es de ceux qui n’ont droit de cité.
Bien venu, donc, dans le nouveau monde où si tu es produit défectueux tu seras jeté, jeté dispersé ségrégué aux égouts du monde. Fais-y toi ou meurs.

(Make yourself comfortable, Chers amis, ce n’était que l’introduction de la litanie)
Car s’ils te donnent les restes
ils le feront toujours de mauvaise grâce.
Car s’ils te plaignent
c’est qu’ils te méprisent. Après tout n’as-tu pas choisi ? Toi qui te croyais si supérieur avec tes valeurs… tes valeurs…
auxquelles tu étais si fier de seul souscrire.
Ce n’est pas contre toi ; c’est par principe. Qu’ils n’aiment pas la puanteur, ce qui bute contre le regard. Comprendre : c’est bien contre toi pas par principe qu’ils n’aiment pas les pauvres.
Pas un geste vers toi qu’ils ne feront en ne te le reprochant. Bienvenue donc dans le nouveau monde aux énergies libérées, que tu vas dépenser sans compter, car quand on aime… Eux économiseront encore, rien ne se perd rien ne se crée, au jeu des boîtes communicantes tu as choisi le mauvais lot, celui qui se désemplit
Mais ne t’inquiète pas, ils pensent à toi, ils te font cette faveur ultime, c’est que tu leur pèses !

Toi qui eus la mauvaise idée de te moquer du dernier forfait de téléphone, des soldes, des humoristes et de la parole à la mode, des funérailles nationales décrétées pour quelques ridicules papys gâteux. N’oublie pas d’acheter le coffret et les hommages qu’on lui fera ! Après tout, les tombeaux ne sont que des boîtes collectors.
tu ne seras jamais légitime aux yeux de ceux qui pensent, ils sont d’ailleurs très surpris que tu puisses souhaiter vivre ainsi. Surprise! plus encore pour ceux que pas une brise n’effleure, une vague ne frôle. ne savent rien qui dépasse leur open space. Jamais n’en ouvriront les volets pour se demander comment, plus encore pourquoi tu existes. Pourquoi ça existe.
Quand ils en viennent à dégainer leur pensée l’animation est coincée sur l’amorce du geste perpétuellement repris jamais achevé. Ainsi (ne) t’observent-ils.
Ils n’ont pas intérêt à se trouver le fourreau vide et la main refermée sur l’arme, ils verraient ce qu’ils n’étaient pas prêts à percevoir même : Que ta substance remet en cause leur existence !
Mais leur grande force est de te rendre dépendant
quoi que tu fasses,
où que tu ailles,
Un serpent murmure tu as besoin d’eux. Une voiture pour ton ride, du pognon pour t’éclater la tête, un téléphone pour sortir, un film pour t’occuper, de la pop pour te détendre.

Et partout où tu iras tu seras face à un mur, celui que tu élevais pour te protéger d’eux. Alors il te faudra être bon grimpeur et solidement déterr pour escalader si haut… qu’au bout de tant d’efforts tu souhaiterais presque être des leurs.
Mais tu n’en feras jamais assez pour participer à leur félicité.Car tu portes à jamais la marque des brebis galeuses et ne souhaites pas t’en défaire.
Nous sommes de plus en plus nombreux à étouffer et ils continuent à parler pour nous, par la force s’emparent de nos gorges rouillées Dans nos poumons enfumés : leurs sottises.
Car ils semblent que donner la parole à quelques amuseurs publics bons qu’à faire rimer la galerie qui n’a pas longue mémoire soit déjà une faveur qui nous est faite. sont prêt à, croient-ils, nous concéder.Et .
Nous pourrions passer des heures à chercher la bonne fréquence radiophonique/télévisuelle que nous ne trouverions rien qui vaille d’être écouté
C’est qu’ils nous paraissent vivre entre eux mais c’est bien nous qui sommes prisonniers, de nos envies. La première et la plus sûre de leurs possessions.
Quand tu crois choisir d’être à l’écart, récupérer pour subvertir, tu es toujours l’esclave de ce qu’ils ont décidé pour toi. Ce sont leurs miettes que tu grattes à la balayette Et « notre monde à nous », une poubelle.

Bienvenue au XXIe siècle où l’on croyait voir la fin de l’exploitation, le début de la belle vie. On ne cesse de le répéter : nous vivons dans le monde libre. Welkomme donc, au pays de la vaseline et de la pénicilline, où l’on se fait tant enculer que l’on en vient à croire que seuls nos culs n’ont pas l’obsolescence programmée.
et si la machine à laver oui, ce n’est pas pour s’enrichir mais pour donner à voir le miroitement de l’existence humaine. De pièces détachées tu retourneras pièces détachées quelques millions d’années de biodégradations et nous en sommes toujours à nous demander s’il est bien raisonnable de syndiquer les putes.

400 morts par an sur leur lieu de travail, plus d’un par jour .Et je me targue encore de grand discours sur cette société dont je fais à peine partie.

¡ Voilà qu’une tentation m’assaille : Il faudrait ici opérer l’habile retournement qui nous ramènerait à notre joie première : « pour l’oisillon retourn[er] au nid » il semble que le fait d’avouer mes fautes me disculpe, fait de moi le héros de l’anti-compromis, mon devoir d’être la moins gâtée des créatures ! Et voilà que mon art légitimerait ce qu’il combat, en cela qu’il lui donnerait beauté, même négative, par le simple fait d’essayerc’est à souhaiter être platonicien. Cependant je récuse le confort d’une osmose dernièreSi douce extrême onction pour la pensée, finir sur une note joyeuse, une mise à distance des émotions (éternelles adolescentes), la résolution de l’harmonie, le repos d’un renoncement.
Frère je te dis que nous sommes des esclaves. Esclaves de nos besoins vendus à la chaîne, à laquelle (je te l’ai déjà dit) nous sacrifions plus d’une âme par jour.
La poésie serait l’échappatoire, Serait-on tenté… de conclure ?
Mais il y a autre chose :

Les concessions sont l’apanage des grandes personnes et, loin de nous en désoler, nous sommes heureux de ne pas être parfaits, d’avoir les mains sales : alors nous sommes si virils d’avoir pris sur nous la laideur du monde, « désormais je suis un homme ».
Nous mentons encore, cette laideur n’est pas inhérente au monde mais produit de tout ce que nous concédons. Ne crois pas que le mal soit autre chose que cela. Bimbo infernale ? Fable pour esprit faible ! Plus pernicieux le mal se déguise et persuade qu’il est nécessité (et toi nécessiteux) te voici si fort d’accepter les choses telles qu’elles sont !
Pour satisfaire nos puériles envies et faciliter notre existence nous participons d’une laideur dont nous nous disons pour nous consoler qu’elle nous précédait, qu’on ne pouvait rien y faire. Nos lâchetés et faiblesses redoublent d’habileté dialectique pour nous persuader que nous ne sommes pas responsables de la chute de la pierre que nous poussons « Elle se trouvait au bord de la falaise avant moi! »
Le mal n’est pas une séduction mais un amollissement de chaque instant, même s’il bombe le torse semble dur, ce sont nos faiblesses qui l’érigent y succombent.
Sous-Lieutenand’ès Pontif Écrits de guerre vol. I,  U  PA CI Y, Édition de la Brèche, 2031, p. 347

Second mouvement

Il serait faux de dire que nous aimons la liberté.
Les hommes ne craignent rien plus que la liberté.
Comme tout culte névrotique, la liberté ou l’amour de son prochain, nous le professons, le déclamons en maintes liturgies pour ne surtout jamais avoir à l’appliquer. Ce n’est pas une ère de béatitude que nous cherchons à faire advenir mais un mal à conjurer par la répétition de ces mantras.
Il serait sot de dire que nous aimons la liberté.
Les hommes ne détestent rien plus que la liberté.

Bien sûr, nous craignons la liberté lorsqu’elle est celle du voisin. On ne sait jamais quelle idée relaient ces créatures, l’on n’est déjà pas bien sûr de savoir ce qui nous passe par la tête… Mais cela n’est que la part la plus évidente, Vous pourriez sans ma sagesse voir cela très bien tout seul ! Et pas le fond du problème.
Que dis-je ? Vous le voyez déjà : certains jours lorsqu’un léger mouvement vous fait craindre, lorsqu’un ami vous fait subitement peur, lorsque vous traversez la route un jour où la fatigue vous a un peu trop limé le cerveau, vos perceptions dès lors si collées à votre peau que le moindre mouvement d’air vous fait tressaillir, et surgissent en vous quelques images effrayantes qui vous font douter de vous-même et de la seconde = aube de la suivante, de l’enchâssement/enfilement des instants.
C’est d’être libre qui nous effraie. En effet, qui s’occupera de nous ? Qui nous mettra en garde et nous protégera ?
Bouddhisme Theravada : Remerciez chaque jours votre travail, car il vous dit à quelle heure vous lever, quand manger, vous rappelle qu’il vaut mieux se brosser les dents, et vous dit même que faire de votre argent : achetez un joli téléphone!, ou au contraire prenez des vacances pour choisir un chemin de randonnée parmi ceux que l’on a sélectionnés *spécialement* pour vous.
Nous n’aimons rien moins que la liberté. En effet, lorsque plusieurs individus se regroupent, il est difficile pour eux de prendre une décision, et même celle de se trouver un leader. Non pas que tous souhaitent être in charge, bien au contraire, personne ne le souhaite et c’est souvent à contrecœur qu’un individu prend le rôle du dominant. Qui fit partie d’une association ou d’un quelconque rassemblement d’individus sait que l’individualité effraie son propriétaire récipient.
Et c’est pourquoi tous les rituels qui jalonnent un calendrier sont suivis par ces primates, désireux de, très vite, s’occuper mais pas par eux même.
En effet lorsqu’un homme survient, désireux d’être au pouvoir, il lui suffira de passer pour le plus faible des hommes, le plus incapable de gouverner autrement que soumis à une nécessité qui le dépasserait. TINA est notre seule divinité, déterminisme et nécessité, qui dicterait au chef même sa conduite et la marche à suivre. Cet homme alors apparaitra pour beaucoup l’archétype même de l’homme fort, acceptant l’esclavage et le perpétuant il sera même le plus viril des candidats. Voilà, un homme qui ne se pose pas de question, entièrement tourné vers l’action il appliquera à la lettre les préconisations de quelques instances supérieures. Et si quelques-uns se soulèvent, ils invoqueront toujours quelques principes supérieurs, une urgence bafouillée.
Ibid. pp. 23-25

Voilà qui fera bander. Le plaisir est affaire de répétition, et l’on aurait tord de se détourner du chemin tracé.
« Il n’y a pas à dire : [nous étions de] très bon[s] nègre[s] » Césaire Aimé Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Présence Africaine, 2016, [1947], p. 59
Même dressés : des esclaves heureux du peu de droits qu’ils ont, du moment qu’ils peuvent être utiles.

enfin, Bienvenue à l’âge où l’industrie s’est prise d’orchestrer la production de cultures, se ridiculise et nous détruit, nous corrompt. Car tel travail participe du sacré et ne peut être que création. L’image du mal ? Oh non, je te l’ai déjà dit notre seul ennemi est ce monstre de flemme et de compromis,
Milles addictions aux apparences free to use pour s’atomiser le cerveau, nous utilisent pour et s’incrustent partout où la langue se fait. Elle ne sera plus seulement réglée mais comptée et soupesée. Rêve du comptable; et de la technique : chaque geste sera décidé, l’objet d’une recommandation. But ultime : la négraille imitera les héros mythiques, on aura fini de lui cacher qu’ils n’étaient que des Whities on the moon.

« Si l’on veut une fin, il faut aussi en vouloir les moyens : si l’on veut des esclaves, il faut être fou pour leur donner une éducation de maître »
Nietzsche Crépuscule des idoles, Paris, Gallimard, 1993, p. 86

Il est Des jours où je souhaite vendre des armes en Afrique, tuer les porcs. Laisser le Pacifique, s’enflammer seul, et me tourner vers l’Europe pour lui ramener le brûlot de la civilisation qu’elle eût la bonté de porter partout. Moi aussi, je suis grand missionnaire.
Mais je crois, l’inquiétude ou l’intérêt ne fraude l’écrit tant je m’efforce de faire au-delà de la surface.

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