Serrure des phantasmes

Sous la pluie, (gouttes longues et fines ininterrompues) je marche à l’heure où la ville n’est plus parcourue que par quelques fantômes qui s’amusent à éclater les flaques : du papier-bulle. Je suis l’un d’eux, ils avancent avec en tête leur point d’arrivée, au bout du boulevard familier, non pas tant parce qu’ils l’ont parcouru maintes et maintes fois mais parce qu’il baigne dans la fraîcheur nocturne et s’offre à travers l’ivresse.
À cette heure on entend les paroles des étages filer par les fenêtres.

Ils surplombaient, coude sur le genou et dos courbé, ou, bras croisés dos droit, le silence, (comme ils n’étaient plus que cinq sur des chaises dépareillées, ils s’estimaient vétérans épuisés) et sur le sol, point de fuites de leurs regards, le pot taché de lait regorgeait d’un liquide hétérogène.
Ils semblaient donc les puissances d’un conclave minéral dressé sur les nuages , autour d’une cruche.

Shadow-Nemsi : Je crois aux rêves
Le silence change de forme, il était désœuvré, maintenant au travail, bientôt malléable. Il semble tenir tel propos :

(“j’ai la Serrure des phantasmes”)

en attendant que quelqu’un s’en saisisse.
Les regards se tournèrent vers lui et, en face un peu sur la droite, il prolongeait le geste de son menton en ouvrant la bouche. Commençant à parler il assommait son corps dans le fauteuil comme sa parole assommée et lente à mesure que son esprit prenait le devant de ses prunelles.
Dj3houty : J’ai fais un rêve une fois. Je… (Une gorgée à son gobelet et) Il était très long très étrange…

Le maître convoqua [six] esclaves qui s’étaient mal comportés, leur dit : Complices d’un même crime : racontez-moi une histoire si elle n’est pas si amusante ou extraordinaire que votre crime je vous tue tous, sinon je n’en tuerais qu’un.

Il versa un peu du totem dans son gobelet, la cuillère en bois en émergeait tel l’arbuste parmi des cendres Drapeau sans fanion ou Cuillère en bois plantée dans le cruchon (ready-made#34). Ils parlaient comme s’ils savaient que leurs paroles compteraient lorsque viendrait la pesée des cœurs.

Djehouty : Dans mon cauchemar, celui que j’ai fait au début de cette semaine, la dernière de 2017, (nous sommes dimanche 4 janvier 2018). Je l’ai retranscrit car je me suis dit que cela pourrait servir.
Shadow(Nemsi) : servir à quoi ?
Djehouty : je ne sais pas. quelque chose.
PazuzMC : On dirait du Beckett (sur le même ton que « c’est juste une maquette »).

Rêve du Dj3houty

Nous étions… C’est-à-dire que je ressentais les émotions de chacun des personnages, parfois successivement parfois simultanément. Narrateur symbiotique otage de leurs sentiments, une sorte d’empathie obnubilante me faisait vivre le rêve : j’étais le rêve. Les froissements que leurs mouvements intimes provoquaient en l’air se manifestaient si précisément en moi que le monde lui-même était subjugué jusqu’à se mouvoir. C’était peut-être cet étrange endroit, angoisses humeurs et l’échauffement de l’hémoglobine gonflaient l’oxygène au point de m’étouffer. Ici tout est perméable .et l’évanescence des pensées imbibe aisément toutes choses. C’est un désert liquide où l’on pourrait exploiter à l’air libre ses gisements de sentiments. Je savais déjà, que je m’incarnerai plus précisément dans la petite fille, mais pas tout de suite pas tout de suite. Tout de suite, j’étais travaillé par l’impression incertaine de souvenirs distants  : de grands hangars immaculés où se seraient tenus les entraînements et les épreuves qu’ils avaient subis, me submergeait. Ils apprenaient à survivre en territoire hostile, je crois chacun son rôle au sein d’une expédition à travers les mondes parallèles.

Nous étions
– Sous une grosse casquette qui cachait, par un jeu d’ombre grossier/artificiel, ses yeux : la jeune fille aventurière mais peu sûre d’elle. Elle était brune, je crois qu’elle portait une veste en cuir genre footballeur américain rose et blanche, tachée déjà.
– Un jeune garçon sûr de lui, il savait tout faire, le héros.
– Un bébé dont je percevais qu’il avait deux ans et avait, pendant tout ce temps que nous avions !Qu’Ils avaient passé ensemble, été la mascotte, en réalité il ne devait pas avoir plus de quelques mois.
– Un “américain” obèse sale et pervers, qui mangeait, dont il était entendu qu’il dégoûtait tous les membres de l’équipe.
Et le capitaine, aussi carré que sa tenue militaire.
transférés dans une dimension monstrueuse. J’avais un doute quant à la réussite de l’expérience, ce n’était peut-être pas le bon endroit, Une îleforêt de conifères passée au rouleau compresseur de la pluie et des feuilles molles, surtout de la boue. Des troncs plantés comme des colonnes noueuses, dont jamais l’angle du rêve ne devait permettre de mesurer la hauteur ou d’en voir la cime. Le sol perméable à nos pieds, le sol mouvant et bouillant par endroits, pas moyen de voir la terre sous ces couches de feuilles mortes ; où les pieds s’enfonçaient : Une eau froide, peut-être même glacée, épaisse et brunâtre. Et nous:  assujettis à son humeur, pas sûr que ce fût le soir, il faisait très sombre.

Nous aurions pataugé jusqu’à la taille si nous n’étions (en tailleur) sur un canot gonflable, parfois se muait en radeau. Il manquait le bébé.
D’un geste hors-champ il semble le pêcher et Pour l’aider à monter notre collégien l’attrape par le talon, le fit tournoyer au-dessus de nos têtes, l’envoya .d’un geste nonchalant tout en verticale simplicité. Un léger rebond et le bébé atterrit bien assis sur une branche, d’où sur la météo de son visage s’amassent les nuages du plaisir, Ils le regardent et une envie sournoise mêlée d’un inquiétant appétit s’élaborait en eux. Le militaire, à présent a les cheveux longs et gras sur un visage grisâtre boutonneux…Tu te souviens de cet homme qui roulait son joint dans le métroOu bien « Fire walk with me », jambes écartées comme un épouvantail ? Eh bien, un sourire mauvais passait sur son visage. Un rire complice et leurs regards allaient du jeune garçon à la jeune fille : c’était moi qu’ils regardaient. Je sentais leur sauvage désespoir; (j’en suis certain à présent) ce n’était pas là l’objectif de la mission. Ça ne dure que l’insistance d’un instant avant que le capitaine saisit le garçon/son talon, par là même il avait, lui, tenu le petit. Il tournoya au-dessus de nos têtes, Lâché, fila en ligne droite se fracasser contre un arbre. (La jeune fille et moi sentions son cadavre écrasé sombrer lentement et l’horreur quand elle s’imagina être la suivante:) elle fuit.

Perchée sur une branche je suis rassuré, (pas tout à fait encore la jeune fille mais rapproché au point que ses émotions sont désormais les seules que je perçois). Sur sa branche elle repense à ce jour où elle lui avait confié qu’elle se sentait inutile et incapable. L’obèse, présent lui aussi, s’était extasié à disserter sur la confiance en soi, mais en parallèle, la voix du jeune garçon prend le pas sur et bientôt couvre sa rhétorique car elle se concentrait sur ses paroles, “Compte sur moi, je suis là. Je vais t’apprendre si tu veux”. Entre eux, naissait une timide lueur d’amour et alors qu’ils parlaient, une troisième voix vient doubler celle du garçon ; les lumières s’éteignent un seul spot illumine les deux enfants agenouillés tournés l’un vers l’autre, cette voix chante une envolée plaintive comme l’enregistrement d’une Édith Piaf plus masculine pas tout à fait juste qui laisserait traîner la fin des mots en un long trémolo Enlaçons-nouuss alors que dans le noirrrrr déjàààà les chiennnss s’avanncenttttt. En retrait le gros américain est touché par un instant de grâce pas tout à fait exempt d’excitations perverses : il décide que ces deux êtres fragiles seront son unique centre d’intérêt, sa rédemption, il fera tout pour protéger leur amour. La terre alors, paraît ronde, et la scène se fige et s’encre : au centre les enfants enlacés encerclés de lévriers qui se précipitent depuis les ténèbres.

Ce souvenir s’effaçait de la conscience de la jeune fille et l’apocalyptique humidité refait surface, nous la retrouvons assise sur sa branche. Elle y reprend ses esprits malgré ses regrets se concentre sur les alentours , en contrebas un îlot (plus) tangible occupé par des monstres. (vus de trop près par rapport à la distance qui nous sépare) Un babouin luisant-aubergine, sans poil et court sur pattes malgré sa taille déchiquetait la chair d’une autre créature blanchâtre, quand il surprit la jeune fille.
Il s’interrompt et après l’avoir fixée un instant (une éternité en laquelle il devint manifeste que son âme n’irait pas au paradis), s’enfonce doucement parmi les feuilles mortes se fond à la lymphe Maintenant qu’il nage. il a de tout petits yeux et d’immenses dents de sabre si blanches.
À son approche la jeune fille panique et plonge pour fuir. Plane le sentiment diffus que la créature n’est qu’absolu besoin de s’approcher, aimanté fasciné autant qu’elle, effrayée par cette irrémédiable rencontre. Elle inspire un grand coup, dissimulant sa précipitation car par-dessus tout elle craignait d’avoir peur, et de laisser transpirer cet aveu qui la tirait à l’idée du regard de la bête.

Dj3houty : Des fois je me demande si ça ne servirait pas à ne pas se faire chier. Le temps passé à dormir s’épaissit, on a presque l’impression de l’avoir vécu.

Cela faisait quelques instants qu’il s’était tu mais à sa gauche elle reprit (tout en parlant, elle s’apprêtait à se resservir)

Jean ThirstySix : Mes rêves sont bien moins perchés que les tiens. Bien moins nébuleux…

La cuillère frotte le fond de la cruche, alors elle se dirige vers la cuisine. Elle a, depuis longtemps retiré ses talons, aussi ses pieds collent sur les noirceurs du carrelage, aussi ne pose-t-elle pas un regard sur la table où il n’y avait pas dix centimètres de libre tant il y avait de gobelets amassés, vidés sauf un ou deux (des mélanges violacés y compilaient la nuit en grumeaux incertains). C’est donc sur les plaques, au-dessus du petit frigidaire, qu’elle pose la cruche. Suivent ces gestes par à-coups, aussi brusques que sa pensée : déverser jusqu’à la dernière goutte la brique de lait de palme, saisir et tourner le bouchon du rhum, ajouter l’ananas. Goûter, plus de rhum, goûter, plus de rh… Oh, mettons.

Nos rêves sont productifs!
Et oui! Vous vous en doutiez, vous l’avez entendu partout depuis quelques années, mais SAVIEZ-VOUS QUE? pendant que nous rêvons, notre cerveau réorganise nos souvenirs. C’est peut-être pour ça que vos rêves vous disent quelque-chose ! Notre cerveau n’arrête jamais de travailler ! En effet, grâce à leurs grosses machines, des scientifiques/experts/neurophysiciens/neuroscientifiques/morphéofistes…

Au centre du cercle oiseux, l’élixir formait une nébuleuse lactée sur fond’ananas voluptueux dans la cruche poisseuse.
… mes rêves sont beaucoup plus simples…

Rêve de Jean ThirstySix

Ces mouvements, immobiles, de la foule d’un hippodrome. Tout autour de moi je sens ces innombrables visages et ces voix, j’ai l’impression d’être filmée mais je ne me souviens pas si l’on voyait des caméras, ni si on entendait l’écho diffus de cette masse ou seulement, la sensation.
Dans les gradins, un creux (personne d’assis sur un toit plat) : une boîte vitrée. C’est là que se déroule la principale séquence, et la caméra s’approche descend lentement vers les fenêtres, balayant du regard les gradins, donnant une idée de la foule qui nous entoure. As usual, de nombreuses impressions : oppression dans mon dos et celle d’y être sans le vouloir. Il me semble que j’avais conscience d’être dans un rêve et je crois même m’être demandée s’il n’était pas inspiré par The Hugger’s Fame. Bien que la caméronirique fût en vue objective, je ne me sentais absolument pas dédoublée : j’étais pleinement mon avatar, un mec
en compétition avec d’autres jeunes gens (moins de vingt ans et de types hétéroclites) comme dans ces dessins animés où les personnages sont suridentifiés par un réseau de signes, tous les éléments y pointent la même direction, ou comme un show télé où chacun campe sa caricature, le protagoniste étant le présentateur, dont le charisme tient seul l’audience. Nous portions des baskets très colorées, et lui, blond en jogging, coloré aussi, nous avait assigné des couleurs fétiches et une voiture de course censées « refléter notre personnalité ». Et je sentais que j’eusse souhaité cette adéquation entre mon être et ses symboles mais à la place une incommensurable solitude. J’avais l’impression d’avoir été spoilée dans les choix, d’avoir eu ce qui restait, et surtout, je n’avais pas envie d’être là. Cela me semblait puéril et monstrueux, l’objet d’une farce vulgaire à laquelle j’avais été forcée de participer. Je me sentais presque désireuse d’apprécier, d’avoir envie, de m’amuseret mon front enfoui dans les doigts, je fuyais cette course. Les coudes contre les genoux je me persuadais qu’une providence me sortirait de là. Quand j’y pense il me semble qu’il y avait cette confusion des affects que nous ressentons dans la vraie vie. J’étais partagée, je ne savais pas tout à fait d’où me venait ce dégoût.

Le coach me semblait excessivement détendu À ses pieds un grand carton, il s’assoit pour l’ouvrir et nous briefe. Nous devions choisir un assortiment d’objets qui correspondrait à nos couleurs. Je me doutais qu’il s’agissait d’une première épreuve. Il y avait une boisson pour chacun et une (pommade?/yaourt?/gel?/les trois? je ne me souviens plus, mais il s’agissait de ces boîtes ellipsoïdales couleur fluo qui peuvent servir à mille choses différentes, de la boîte de chewing-gum au lubrifiant). Il y en avait plus que de participants : le coach pris pour lui-même une bouteille de bière à la bouteille typée desperados laissait voir un liquide plus proche de celui d’une ambrée type kwak et par-dessus, le logo HitashinoJ’eus tout donné pour goûter cette bière, encore aujourd’hui mes papilles imaginent le goût qu’elle pourrait avoir..Les autres se précipitaient sur le carton, je ne m’approchais qu’en dernière, affectant la politesse pour cacher, comme beaucoup de gens face à une circonstance déplaisante, ma gêne et mon mépris, mon humiliation: cette politesse dont je savais mais espérais quand même qu’elle me donnerait légitimité à me plaindre de n’avoir eu accès à tout l’éventail des possibles, voire rejeter au plus loin ce passage de la réalité ; qu’elle se fût rembobinée ou projettée en avance rapide. Par cet instant de réflexion j’essayais d’échapper à la réalité : il s’étirait de prémonitions je voyais des bouts de courses des dérapages s’achever en explosions, j’imaginais les catastrophes à venir et comment, malgré un moment d’optimisme inespéré ; j’échouerai.

Dans le carton, rien ne me ressemblait, ni aux couleurs qu’on m’avait attribuées, rien n’était fait pour moi .et Une vague de larmes me submergeait je n’étais qu’un amas grossier d’atours épars et dissonants, au premier regard posé sur moi me désagrégerai
, J’étais
Tant oppressée par cet endroit. Une injustice s’était installée sous mes omoplates pesait sur mon dos, cou attiré vers le sous-sol.

Elle eut un rire seckalcoolisé avant d’ajouter :

Et brutalement, la focale s’éloigne par la baie vitrée, aussitôt inondée de hurlements et de cris. Elle se donne tant de recul qu’elle domine le stade, semble en sortir puis amorce une lente descente. Au pied de ce qui semble être les gradins, à l’intérieur du stade et en même temps sur le parking déserté. Deux vieilles mangent debout, coudes et nourriture posés sur les couvercles de deux poubelles.
Elles nous font face, celle de droite mange un très large yaourt dans un pot ovale, celle de gauche mange toute une barquette (40 yaourts attachés par les bords en une table rase). Des yaourts natures. Elle en a déjà mangé quelques-uns, elles ne s’arrêtent pas. Elles plongaient leurs cuillères dans les pots puis au fond de leurs gosiers tout en dissertant sur le fait qu’elles n’achetaient plus de yaourts car elles ne trouvaient plus de « yaourts bons » et parce qu’ils sont vendus « en trop grandes quantités ». Je pense alors Moi, je n’aime pas les yaourts comme elles. Et mon angoisse montait alimentée par ce murmure. Et le démon perché plongeait les bras dans mes poumons, jouait des coudes jusqu’à porter ses poignets en travers de mon œsophage pour me chatouiller l’uette.

Elle interrompit son récit, les voyant suspendus, simplement :

Je me suis réveillée.

Debi Tashila : Ton rêve t’offrit une sortie par la fenêtre, vers les vieilles dames, mais elles aussi en inadéquation paradoxale (cette histoire de yaourts), cela t’effraya davantage.
Shadow-Nemsi : On est rarement soulagé quand on sort d’un cauchemar.
Dj3houty : Il faut attendre que la réalité se réinscrive en nous. Pendant un temps, nous sommes encore une autre personne, celle que nous serions si le rêve était notre dimension d’origine.
Jean ThirstySix : Ou alors. Le rêve se fond en nous, ne nous quitte, il se fait plus diffus mais il est toujours là.
Debi Tashila : (parfois) Il ne fait que te révéler ce que tu es déjà. Il n’ajoute à ta somme d’individu qu’en cela qu’un élément de ton psychisme s’est révélé à lui-même.
Shadow-Nemsi : …on est rarement soulagé quand on sort d’un cauchemar…

Rêve de Shadow-Nemsi

Ivre mort, je rentrais de soirée avec William et Diane. En chemin nous nous arrêtions dans une école abandonnée/désaffectée.
Diane et William voulurent y prendre une douche ou peut-être seulement William. Une fois sortie Diane s’extasia “Tu mets du parfum !? — Oh, non. Ce ne doit être que l’odeur du savon.”. Après un bref rire William s’approcha de moi, renifla s’exclama que ça sentait le Valhalla, “Ah oui c’est bien ça, le gel douche des étudiants trop pauvres et trop flemmards pour acheter autre chose !” Je le trouvais très perspicace et blessant.
Allongé sur un lit superposé en attendant qu’ils soient prêts à reprendre la route, je reçus un appel du rectorat. On m’annonçait que l’on m’avait attribué un poste le lendemain à huit heures, on ne m’avait pas dit où mais je me doutais qu’il y aurait au moins une heure de route. Alors : l’angoisse. J’ignorais quelle classe l’on m’avait confiée, rien n’était prêt, il était minuit, je n’ai jamais donné cours, je sais pas où c’est, mais j’avais accepté. Comprenez que pendant tout le rêve l’angoisse et le déni me tourmentaient “c’est impossible je dois rêver. Le rectorat ne m’aurait jamais appelé. Je n’y vais pas faisons l’autruche. Je les rappelle pour dire que je suis malade. Ah non! ce n’est pas une heure pour téléphoner ! Bon. j’y vais pour ne pas être lâche. Ce sera dur mais on verra.” Dans le dortoir William me rassure, Diane aussi, l’air de dire “ce n’est qu’une matinée puis ce n’est pas sorcier, tu vas y arriver.” Cela ne suffit pas à me rassurer mais nous partons.

(Le décor à présent est posé rue du Général Boulanger à Iser où Diane habite encore aujourd’hui, où j’habitais avec Natascha). Diane propose de ramener William en voiture mais pas moi, car elle avait la flemme, j’habitais trop loin. Je me souviens avoir trouvé cela monstrueux de sa part : je risquais de louper le dernier métro, j’avais un besoin crucial de dormir et de dessoûler, et elle, elle me plantait comme une merde après m’avoir incité à accepter un poste ! Mais un certain misérabilisme m’empêchait de le lui reprocher. Je secouais la tête pour chasser ma rancœur et me dirigeais vers le métro, passais le square et l’endroit où habituellement se tenait le clodo quasi muet tant il peine à articuler, se trouvait une rangée d’hommes soûls (c’est-à-dire que l’endroit était bruyant et éclaboussé de bière). Ils me tendaient des bouteilles de bière, des bouteilles d’eau qu’ils tenaient à la renverse par le bouchon et des sacs plastiques remplis de bière. Ils vendaient de la bière comme ça, à l’arraché (lol), car c’était brutalement la Grande Braderie et qu’on ne pouvait acheter de l’alcool passé vingt heures ils me les tendaient à moi, à tout le monde (la rue s’était subitement remplie de passants) en hurlant T’en veux une ? T’en veux une ?
Un homme immense avec une très grande ombre et sa bouteille d’eau à l’envers me suivait. Lorsque j’entrais dans la station de métro, il se mit à me hurler dessus Tu vas t’en prendre une!
Peut-être que dans la vie ce n’est pas complètement vrai mais dans les rêves, oui : si tu as peur d’être agressé tu te fais agresser…

Il répétait Tu vas t’en prendre une! de plus en plus fort, puis, alors que je m’approchais de l’automate, sans raison apparente, il lâcha l’affaire. Rassuré, je me demandais si sa supposée agressivité n’était pas qu’une envie dévorante de me vendre de l’eau. Cependant le distributeur recrachait ma carte, ou l’inverse. Derrière moi, la queue « de travailleurs » ai-je pensé, s’allongeait et je craignais qu’ils ne s’impatientent. Dans ma précipitation, je me plante encore. Après quelques essais je finis par obtenir un ticket, et à cet instant je me trouve un allié, ivre aussi, qui semblait me trouver particulièrement tendu. J’étais au demeurant à deux doigts de me pisser dessus, de fondre en larmes, de me liquéfier par les neuf orifices tant j’étais effrayé. Il ressemblait à Sean Dalmoso de 120 bpm (c’est vrai que je le trouvais beau) mais il parlait comme un beauf bourré suffisamment sympathique pour que je ne fasse pas qu’endurer sa compagnie, même, m’y attache. Me voilà un peu rassuré d’avoir quelqu’un pour m’épauler. Il semblait s’être pris d’affection pour moi comme on prend sous son aile un chaton exotique tout mouillé.
Je crois qu’il voulait m’emmener faire la fête, je lui dis que je dois rentrer chez moi. Je devais aller à « canton » (ce soir la ligne rouge était démesurément longue) puis changer pour aller à… « canton » (sur une autre ligne dans le sens inverse). Je trouvais cela très confus, et percevais laborieusement qu’il ne s’agissait pas des noms habituels, mais l’univers s’était rendu saugrenu pour se liguer contre moi : je commençais à l’accepter. Et j’imaginais ma destination, immense rond-point ressemblant à celui de la Place de Johannesburg dominée par un centre commercial triangulaire et clinquant.
Mais je n’en étais pas encore là : je paniquais en découvrant que j’étais du mauvais côté de la rame tandis que le métro arrivait en face (celui que je devrais prendre, j’entends). Mon compagnon m’explique que le métro ne va plus à canton, ou plutôt, qu’il était inutile d’attendre, le prochain s’y rendant ne partant qu’à trois heures du matin (retenez cette heure).
Je panique. Il me dit “t’inquiète tu vas changer à la gare. et ça ira” (ce qui me parut raisonnable). Il sembla se réjouir de me conserver à ses côtés. Notre métro arrive et je crois me détendre un peu : sièges en feutre larges et démodés sur l’un d’eux je reconnais quelqu’un qui était au lycée avec moi (en tout cas il avait la tête, je crois, d’un type qui partageait un cours de langue avec moi, je ne sais plus rien de lui). Sean devait le connaître car il s’adressa à lui comme à quelqu’un avec qui on a bien lolé. Lui s’exclame d’une voix d’ébriété “Ah! Vous êtes LÀ ! Je me demandais par où montaient les passagers de première classe!” Je trouve cette plaisanterie étrange dans un métro bondé, dans un métro qui puait la bière, dans un métro où les gens étaient assis à six par sièges de trois, (démodés les sièges, je l’ai déjà dit).
Je remarquai la deuxième moitié de la rame, vide. Aussi, tentais-je de proposer à Sean de nous asseoir là-bas. Je pensais alors que le calme relatif m’aiderait à réfléchir “me coucher dès que j’arrive, me lever à six heures pour préparer un cours, regarder les programmes, trouver un texte, de quoi occuper deux heures de cours d’un niveau que je ne connais pas. Et regarder comment y aller sur Doodlemap”. Je me demandais s’il ne fallait pas préférer la honte d’avoir fui pareille responsabilité pour le restant de mes jours. Je délirais et vous vous en doutez : mon état d’alcoolémie onirique rivalisait avec mon état réel.
À présent je comprends que c’était impossible car je souhaitais me lever à six heures soit une heure avant de partir, en ayant prévu un délai de route d’une heure pour donner cours à sept heures…
Bref, j’essayais d’entrer en contact avec mon coéquipier malgré les violentes secousses, mais ma voix ne semblait pas l’atteindre tant il était absorbé par sa conversation avec le troisième larron. Mon rythme cardiaque accélérait tant que mes tempes palpitaient, je perdais le souffle à la recherche d’air : j’étais entouré d’une épaisse couche aquatique que les sons n’entamaient pas…

Je me réveillais trempé, sans doute encore plus malade que la veille car j’avais bu comme un trou et fumé comme un pompier, Quel idiot! Sans doute pour me donner une contenance et assumer mes instincts destructeurs ! Quel con! Et je devais donner cours ! Je consulte mon phone : il était trois heures, je pense avoir bien fait de ne pas passer par canton pour rentrer. Puis, je me demande comment j’ai fait pour rentrer chez moi, je ne me souviens plus de rien après ce métro bizarre. Après avoir vainement tenté de reconstituer la fin de mon parcours, je décidais de me rendormir au plus vite et de suivre le conseil que l’on me donnait régulièrement « éviter de me prendre la tête » car je n’avais plus que trois heures de sommeil avant de devoir me lever pour préparer mon cours.
Dix minutes d’angoisse et d’intenses douleurs intestinales passent, sans doute me ramenèrent-elles sur le rivage de la raison car en marmonnant « uhhh j’ai mal »
« uhhh j’ai mal » – je comprends que trois mois ont passé depuis que je n’habite plus rue du Général Boulanger,
« uhhh j’ai mal » que j’étais dans mon appartement à Xambes et qu’il n’existait pas de station Canton ! Ah oui ! (Oh joie qui me submerge! qui me fait presque oublier les reflux bien réels de mon estomac) j’étais toujours au chômage, demain je n’avais pas à me lever.

Les regards se tournent vers Asuka, sans relever la tête de son verre, sans doute car cela faisait un moment qu’ils étaient ensemble ne faisaient plus qu’un, l’instinct lui dicte un soupir :
El3phantIsis : C’est donc mon tour

À suivre… dans le prochain épisode :

Nous arrivons. Les racines des arbres plongent dans un fleuve sombre et calme, un marais plutôt, qui aurait poussé à la place d’une plage. …c’est pour moi que j’avais peur… !!PAS SI PRÈS DU BORD!! .les dents blanches de la bête son expression lisse…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

*
To prove you're a person (not a spam script), type the security word shown in the picture. Click on the picture to hear an audio file of the word.
Anti-spam image

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.