cet Autre

Hier soir, j’avais enfin, c’était ce moment interlope où les dates n’ont plus leurre sacrée importance, rencontré .cet Autre, parfois femme parfois homme, moins âgé, sa parole emprunte pourtant toute sa sagesse aux vents immémoriaux contradicteurs. J’avais échoué sur les sièges d’un métro surbruyant et désert, au cœur même de l’essaim chaotique de mes pensées ricochées sur les parois des tunnels. Il m’avait rejoint peu de temps après, sans doute monté à la station suivante, peut-être la même. Elle me regardait de ses yeux doux-indestructible; indescriptible si ce n’est : de jade.

« Qu’est-ce à dire ?
C’est-à-dire que je ne suis qu’un singe halluciné. Mes pitreries me fatiguent sans répit j’étends les bras pour saisir les nuages projetés par les barreaux de ma prison. Espérant que l’un d’eux renferme le secret de l’averse qui fit naître. Du désert, l’oasis où me baigner.
Il posait, chaque question à la suite de mes réponses juste après que je l’eus anticipé car il inspirait toujours pour me laisser le temps de finir avant de commencer. pour se laisser le temps de prévenir l’instant (tels sont les hommes véritables ils saisissent sans demander mais non sans prévenir). En nous parlait bien autre chose que nos frêles consciences. elle refusait de répondre à mes questions: Je n’ai pas ce que tu cherches, parle plutôt. Après quoi elle ramassait mes souvenirs pour me les tendre en une sphère tissée de mansuétude. Dans les cillements des néons elle disparaissait par intermittence avant de reparaître peut-être, un peu différente, une nouvelle forme pour un vieil ami. Rien ne me ferait quitter cet endroit où cette âme sœur soupesait l’afflux de mes pensées. Sans doute il s’agissait de mon vieil Ibis, car ses iris étaient des nénuphars miroitants le soleil comme la lune ;les astres m’y observaient. Je répondais à l’appel.

Qu’un singe, pour être sage, peut-il faire d’autre qu’obéir quand vient le moment de déclamer son existence au moment d’être jugé ? Je lui montrais mes ébats avec ce frère-père dictatorial, dont il ne me dit rien que je ne pensais déjà. Elle ajouta seulement Que ne nous parles-tu pas du papillon vague et tremblant que dessina dans l’évier le mélangeur ? Un jour où les ascenseurs devaient rebondir.

Je m’éveillais de ce métro comme d’un songe, désespéré de voir que le monde n’avait profité de cet entracte pour muer, et laisser la sèche enveloppe du passé à la brûlure des comètes que l’on croise sans saisir (qu’il serait bon de chevaucher).

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