Plastik-Pipoles

Ami, (dis-moi) quel est cet endroit où l’on façonne les hommes .en série ? Chacun des gestes commandé par le précédent, appelé par le suivant et chaque parole proférée dans la droite ligne de celle à venir, cousus par les fils les plus résistants et les plus transparents, à leur sourire détartré. L’acte et la réplique : aboutissements d’une longue série.
Se promener en ville
S’asseoir en terrasse
Commander un thé, 25cl de pression, ou la dernière boisson fluorescente de sucre et catchy à l’oreille. Tandis qu’ils se félicitent d’avoir oublié le film qu’ils sont allés voir, de toute façon c’était égal, pas une ombre ne viendra déranger leur paisible regard étal dans l’écoulement continu des jours.
Tandis qu’ils se plaignent du temps et de toutes ces informations déprimantes.
qu’ils trouvent le temps long.
s’impatientent du prochain dessin animé, les voilà qui poussent la chansonnette.

Ils ne risquent pas d’oublier les paroles ; Toute leur vie à dire et agir à l’identique, n’écoutant rien qui ne soit comme eux .à la chaîne. Ainsi chaque jour, ils avancent d’un pas égal. Lorsqu’il fait beau : Que l’ordinaire est agréable !
Toute une vie à se raidir. Et qu’ils ont la carapace lisse! le teint aussi frais.que leurs mains sans tâches.
Ils progressent sans que le doute ne vienne ébranler leurs pas réguliers bien chevillés au sol et. Traînants. La coiffure immobile et le visage inchangé : aucune tension n’habite leurs pommettes laissant deux billes bien blanches alignées toujours dans le sens de la nuque afin de ne jamais débrancher le regard du chemin tracé. Leur corps tout en doucerondeur cachent difficilement la rigidité de leurs articulations, de leurs expressions. Ainsi chaque jour, imperturbables et réjouis de ce qu’on plie le monde à leurs désirs sans se demander à quel prix. Imperturbables et réjouis où qu’ils soient quoi qu’on leur dise. Imperturbables et réjouis !a oui! ce sont bien les mêmes que Rigides et souriants derrière la vitrine, des poupées auxquelles « Un jour » la vérité tordra le cou. Arrachera dans un bruit bien moins jouissif et sex que la décapitation du liège, la tête molle mais ; Imperturbables et réjouis
d’être là
d’être eux
d’être Plastik people

…Et le ventre des femmes doit être une usine terriblement performante pour pouvoir enfanter tant d’êtres. En série.

Désespérément vides Pressés, d’engloutir, jusqu’à la saumure pour combler leur enveloppe qu’ils imperméabilisent dans de brillantes chaussures, de longs manteaux en feutre, de belles chemises bien repassées, jusqu’à leur coiffure gelée.
Au-delà de leur apparence, les premiers temps d’une conversation par l’échange de quelques signes convenus leur permettent de se reconnaître : uniques indivisibles. Une passion exacerbée/accoutumance pour les écranniqueurs les rendant prompts à s’aimanter, à toutes les surfaces par lesquelles, à tout instant, une communication sur les dernières reproductions stéréotypées de la chaîne, la dernière plaisanterie à répéter, les dernières nouvelles sur lesquelles il sera bon de s’apitoyer avant d’oublier, étendre les bras et accrocher ses ventouses à l’objet vanté afin de l’avoir toujours, sous les yeux une fois exposé dans le musée érigé à leur propre médiocrité. Une fois bien certains d’être entre eux ils s’affairent, bien serrés en bloc, pour ne pas laisser s’échapper l’impression de leur identité. Mûrs, ils sont : dynamiques perfectionnistes organisés sans être maniaques, appliqués sans doute à être le fruit de leurs illusions. Avouons, que ce sont de Grands imitateurs de la nature humaine ! Perpétuellement, non à la recherche, mais tournés vers eux-mêmes. Face à leur canapé molletonné un (auto)portrait criard finit de les instruire sur l’existence, encastré : bienveillance condescendante plaisante vulgarité.
Quelle sorte de bière êtes-vous ?
Découvrez avec nous, les toutes nouvelles fonctionnalités incontournables de votre aïecar :
Pas le Temps de faire demi-tour. PAs le Temps de m’Arrêter. PAs le Temps d’Avoir une vie rangée. Pressée de vivre ? Ouvrez-vous aux saveurs de l’imprévu.
Imprévu par Aïedora©, le nouveau parfum pour homme. (Un sourire plus sexy que 🙂 inspire leurs visages, sans qu’ils ne parviennent tout à fait à l’incarner, ou bien, la facticité de l’arrogance plutôt qu’elle-même

des lèvres subtilement tordues sous le regard compressé d’une interrogation suggestive les pénètre tant et si bien qu’ils l’assimilent pour l’arborer) en toutes circonstances. De Grands imitateurs de la Nature Humaine = ces acteurs qui sont à la comédie ce que l’acteur porno est à la sexualité.

Jérôme rentre chez lui, cet appartement qu’il partage avec Sylvie. Ici, leur bonheur aseptisé me dégoûte autant qu’il m’effraie, ils me font la bise comme munis d’une convenable sympathie. Légendaire obséquiosité naturelle. On s’y sent, la taille les transactions et les accumulations/démultiplications en moins comme dans l’intérieur potiche, à vendre. Tout y semble neuf, du moins, sans les traces que laisse l’usure : ces pommes vertes et lisses, ces bananes jaunes et dures, pas une once de poussière autour des treize+1 verres de Coco-collector les éditions limitées de Aïenekèn. (jolis objets que voilà !)
Ils envisagent de se marier. Ça ferait plaisir à mes parents et ça serait mieux pour les enfants
À venir avec l’achat du canapé en ligne, magnifique faux cuir pas trop abîmé, entouré déjà avant d’être, par d/les vitrines chargées de bibelots, mais sans doute pas d’inanités sonores : des jouets [kon.cul’rance]concurrencent les animaux en verre et les casseroles de mamies, toujours collectors, toujours en série. (lorsqu’il s’y effondrera) Il n’aura qu’à dire Comment ça va aujourd’hui chérie ? pour se sentir à sa place.
Sa place ?: le carrefour de tous les canaux de la communication, Plutôt le chiotte : en témoigne l’amas de magazines, best-sellers que l’humidité et non la lecture tache
Comment s’est passée ta journée ?
Comment étaient les gosses ?
Comment c’était au boulot ?
Ça a été, et toi ?
Ah! Une bonne bière! un petit talk-show! puis
Au lit! Jamais une contrariété ne viendra plisser/sculpter/enrichir leur front sauf peut-être cette nuit où elle refusa de se retourner, ou bien ce « plus beau jour de ma vie » où le saint-émilion tachait le Oui, tout le monde m’a dit que le costume crème c’était aventureux mais j’ai choisi de prendre le risque. Après tout, Ça n’arrive qu’une fois dans la vie! Je vais essayer de le garder
sans tâche.
(Je le sais désormais : ce ne sont pas des yeux mais des pancartes, ce ne sont pas des oreilles mais des récepteurs ultraperformants à toutes les commandes de l’aïetubeur ou l’aïelivre dans l’aïefone dans l’aïevoiture dans l’aïemaison.)
Ils s’avancent désormais, vers l’autel, elle, toujours le pas régulier et traînant, le bras annelé à celui, d’imitant Cary Grant (avec toujours la grasse d’un acteur porno) : son beau-père en larmes. Aïeman et Aïewoman, engagés par l’un des derniers CDI. Le prêtre demande « Le voulez-vous ? » Il ne pourrait alors y avoir plus pure et plus belle démonstration de grasse candeur :

« Oui. »

Et la bague se passe, le tentacule d’un monstre que M. le maire mit en mouvement lorsqu’il ajouta au registre : Jérôme et Sylvie, Pastikland-Paris, en de lisses et brillants annaux encrés . les voici liés aux doigts par la bague glissée bien lustrée.
Vous pouvez embrasser les mariés Car cet ancestral démon, n’était pas le moins habile des tisseurs. Qu’ils épousent leur malheur sous une forme qu’ils jugeront agréable suppliant qu’on les y sangle davantage! Alors qu’ils suffoquent, ils ne s’imaginent pas étouffer, comment le pourraient-ils ? Jamais l’air extérieur n’a infusé leur poitrine. Ils inspirent les vapeurs d’un opium sucré à chaque gorgée de leur cigarette. Et toujours ce sourire!, le plastique a dû fondre leurs yeux immobilisés en ce miroir, abysse effrayant de certitude.

Je prie chaque soir, pour l’enfant de Jérôme et Sylvie. Qu’il soit un sujet mélancolique, à l’expression défectueuse, nostalgique soudainement colérique et eux se demandant Qu’avons-nous pu faire au ciel pour qu’il nous échoit en partage telle créature !?!
Maigre espoir : Ils ne s’inquiètent pas trop, ils n’ont qu’à faire blocs comme des duplos-docus face à celui chez qui ils reniflent cette odeur de jouet raté qu’on a pas eu le cœur de renvoyer. Pour se rassurer ils se disent : il finira bien par cesser ses jérémiades pour se mettre, comme eux, à l’affût du troupeau; convaincus que la marche à suivre s’impose à qui a bien lu la notice.

Commentaires :

  1. Felix says:

    « Ecoute pas trop des parents, fais semblant, ils ont pas la science infuse t’es leur premier enfant. »
     » ils suivent les regles, mais ils n’ont pas comprit le jeu »
    « ecoute bien les conseillers d’orientation et fait l’opposé de ce qu’ils diront, en gros tous les trucs où les gens disent tu perds ton temps faut que tu te mettes à fond dedans et que tu t’accroches longtemps »
     » l’ecole est un calvaire, ya pas grand chose à faire, partir c’est rentrer trop tot dans une autre galere, tej ton sac à dos en l’air t’auras le poids de la societé sur les epaules, un patron, ton pere et ta mere » Orelsan, notes pour trop tard, la fete est finie.

    Il peut y avoir des erreurs ds les citations

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